« Soudain j’entends des bruits d’avions qui survolent nos positions. Peu après, les premières bombes explosent à quelques kilomètres de là. Avec le jour qui se lève, j’aperçois l’ombre des premiers bateaux sur la mer. Mais bientôt, tout l’horizon est bouché par une incroyable ligne de bâtiments de guerre disposés comme pour une parade »
Caporal Franz Gockel.
La plage connue sous le nom de code Omaha Beach s’étend sur plus de cinq kilomètres, au pied d’un plateau peu élevé mais au dénivelé important. Aux extremités de la plage s’élèvent de hautes falaises qui surplombent directement la mer. Seul 5 voies d’accès bien défendues permettent de sortir de la plage, formant une sorte de couloir, barré par un mur de deux mètre de hauts et un de large. Entre la plage et les hauteurs, la zone avait été minée et obstruée de barbelés avec parfois des positions lance-flammes.
La plage est défendue par environ 800 allemands des 352e et 716e division. La présence de la 352e division bien équipée et qui venait d’être transféré dans le secteur, avait été révélée par la résistance francaise mais les alliés n’ont pas pris en compte l’information. Les défenses allemandes, sous estimées par les alliés, comprennent 8 casemates, 17 positions antichars et 85 mitrailleuses. Des canons de 105 et 155 mm sont positionnés à 1,5 Km de la cote.
La force « O » avec 34 142 hommes et 3 306 véhicules doit débarquer le premier jour sur Omaha. Parmi cette force, on trouve la 1e division d’infanterie, surnommé « Big red one » qui est l’une des meilleures divisions alliées. Elle a déjà combattu en Tunisie et en Sicile ou elle s’est illustrée en repoussant la division Herman Goering avec ses Tigres et ses grenadiers d’élite. A leur coté, on trouvait la 29e DI « Blue and grey » pour qui Omaha sera leur baptême du feu.
Les troupes avaient embarqué depuis plusieurs jours des ports de Portland, Weymouth et Poole.
Pour éviter les obstacles, le débarquement s’effectuera à marée basse. Les soldats devront donc traverser la plage sur des centaines de mètres, couverts par des chars mais sans les engins spéciaux britanniques (les « Funnies », qui ont été très efficace sur les plages britanniques). Ceux-ci ont été refusés par le commandement américain qui pensait que le bombardement aérien et naval anéantirait les défenses allemandes…

2h15 : Après avoir été averti de largages de parachutistes , l’alerte générale est communiqué aux batteries et aux états majors. Cette alerte est accueillie avec suspicion par les hommes du fait d’exercices et de fausses alertes nombreuses les semaines précédentes.
2h35 : Les hommes de la 1e vague effectuent un transbordement des cargos vers les 180 péniches LCVP et LCA. Chaque péniche compte 30 hommes et la première vague est composé du 5th Bataillon Rangers, du 116e RCT(29e DI) et du 16e RCT(1e DI).
La mer est très agité (plus qu’à Utah , mieux protégé) , et la plupart des chalands font fonctionner leur pompes. Parfois , des GI doivent évacuer l’eau avec leurs casques.
Le transbordement des unités d’assaut va durer une heure.
5h35 : 32 chars DD (Duplex Drive, Sherman IV étanche et disposant de deux hélices et d’une jupe gonflable ) du 741st Tank Battalion sont mis à l’eau à près de 5,5 Km de la plage d’Omaha Beach .
Ordre allemand : pas un coup de feu avant que l’ennemi n'ait atteint le rivage.
5h56-6h14 : Plus de 400 B-24 « Liberators » de la 8e Air Force ont pour but l’anéantissement des défenses allemandes à Omaha Beach. Cependant, du fait d’un plafond nuageux très bas , les bombardiers naviguent avec les instruments , sans voir directement le sol. Le chef d’escadrille , donne l’ordre 3 ou 4 secondes trop tard et les 13 000 bombes explosent trop loin.
Puis commence le bombardement naval. Il est effectué par 2 cuirassés américains (le Texas et l’Arkansas) , un croiseur britannique (Glasgow) , deux croiseurs francais (Montcalm et le Georges Leygues) et des destroyers . Malgré la puissance de feu exceptionnelle , les tirs sont peu efficaces et souvent trop longs.
Franz Gockel se souvient « Les projectiles tombent tout près de nous. Je me cache derrière ma mitrailleuse rotative(il était chargé d’une mitrailleuse polonaise). A deux reprises, une explosion nous souffle tout l’oxygène. On respire mal, les yeux nous piquent, le sable crisse sous les dents.[…] Le sol tremble sous nos pieds. Cette valse de feu tourne autour de nous dans un bruit étourdissant »
Le jour se lève avec un vent fort provenant du Nord-Ouest et les vagues atteignent en moyenne les 1 mètres 20. Les hommes sont trempés et certains ont le mal de mer.
6h30 : La première vague , comprenant 1450 hommes , entre en action. Des péniches sont touchées de plein fouet et sombrent (10 pour la 1ere vague) mais ordre à été donné de ne pas s’occuper des naufragés et d’aller de l’avant.
Mais le pire reste à venir , les hommes qui touchent terre sont soumis aux tirs des mitrailleuses , des mortiers et des canons . Certains se noient avant d’atteindre la plage, victime des trous d’eau ou du poids de leur équipement qui peut atteindre 25 Kg Les hommes restent au bord de la plage ou même dans l’eau, cherchant à s’abriter derrière les faibles protections qu’offrent les obstacles.
Beaucoup d’officier sont tués, les unités désorganisées et souvent décimées.
6h25-6h35 : Quelques 270 sapeurs débarquent avec comme but la destruction des obstacles pour permettre aux barges des autres vagues d’arriver malgré la marée montante. En tout , ce sont 16 brèches qui doivent être crées( 5 seront effectués ce qui provoquera un énorme embouteillage au large de la plage) . Ces sapeurs font preuve d’un courage sans faille : soumis aux tirs, ils effectuent leurs missions sans s’abriter derrière les obstacles ou le remblai de galet. Les pertes parmi les sapeurs sont énormes, pouvant même atteindre la moitié ou les 2/3 dans certaines unités. De plus , leur travail est entravé par les hommes qui se cachent derrière les obstacles.
Dans le secteurs de Colleville , deux tanks seulement sur 32 sont opérationnels : 27 ont coulé avec leurs équipages.
Avec sang froid, 34 chars du 743e Bataillon sont amenés directement sur la plage par les barges dans le secteur de Vierville mais les redoutables canons de 88mm détruisent beaucoup de ces derniers.
Plus tard , un groupe parvient à escalader la falaise entre les WN 73 ET 74.

7h00 : Les hommes de la deuxième vague débarquent. Ceux-ci viennent s’ajouter aux morts , blessés ou survivants de la première vague qui attendent la marée montante pour avancer.
D’autres se protègent derrière une levée de schiste et de galets d’un mètre de haut sur plusieurs de large ou d’un mur qui protège la route du littoral. Beaucoup d’hommes, vivant comme mort, y sont entassés.
7h10 : Un des deux Shermans rescapés réduit au silence un 88 mm du WN 61. Les tanks ne peuvent sortir de la plage tant que des ouvertures n’auront eu lieu.
7h15 : Troisième vague.
7h30 : Quatrième vague.
Plus tard, dans le secteur Charlie , 600 hommes d’unités différentes parviennent sur le plateau . Pendant près de deux heures, des tirs isolés de fantassins, de mitrailleuses et de 88 mm empêchent toute progression.
8h45 : Une percée est réussie dans le secteur Easy red. Suite à la désorganisation des unités sous le feu allemand , c’est l‘expérience et la détermination d’hommes ou de groupes d’hommes qui va permettre de débloquer la situation. Grâce aux bangalores, des brèches sont crées et la progression vers le plateau s’effectue à l’aide de petits défilements qui protégent quelque peu des tirs allemands.
9h00 : Le point de résistance n°60 (WN 60) tombe aux mains des américains après ½ heure de combat acharné : 31 soldats allemands sont faits prisonniers .
A 9h15, la suite des opérations semble si compromise que Bradley, sur le navire «Augusta » envisage d’abandonner l’assaut sur Omaha.
9h30 : Des éléments du 16ème RI progressent vers Port en Bessin dans le but de réaliser la jonction avec les Britanniques , à 16 Km de là.
Cependant la plupart des hommes sont cloués sur la plage et les percés ne sont pas assez puissante face à une défense allemande acharnée à l’intérieur des terres.
10h00 : Deux destroyers se rapprochent à moins d’un kilomètre du rivage et pilonnent avec précision les défenses allemande. Les deux destroyers touchent parfois le fond et sont guidés par des observateurs au sol.
Le colonel Taylor ( commandant le 16e RI) ,lance à ses hommes «Deux sortes de gens vont rester sur cette plage, ceux qui sont morts, et ceux qui vont mourir. Foutons vite le camp d’ici »
Le WN64 est pris et les bulldozers font deux brèches dans la levée de galets , ce qui permet aux chars d’atteindre la route du littoral.
Les Allemands commencent à manquer de munitions mais la marée montante permet aux tireurs allemands d’utiliser des fusils sur les Américains encore sur la plage. Cependant, les Allemands sont maintenant menacés de tout les cotés.
10h30 : Destruction du point d’appuis WN 65. Vierville est attaqué.
11h00 : 200 hommes du 116e RI investissent Vierville ,ou la résistance allemande consiste en quelques coups de feu. La progression au alentour de la ville est plus difficile : un peloton de la compagnie B(116e RCT) est harcelé par des tirs de mitrailleuses et d’armes individuelles et après avoir assailli un point de résistance, 14 soldats allemands sont fait prisonniers. Cependant une contre attaque ennemie , amenée par 3 camions, oblige la compagnie B , réduite à 25 hommes à battre en retraite au château de Vaumicel.
Des blessés se noient avec la marée montante alors que des renforts débarquent toujours.
12h00 : La compagnie G du 16e RI aborde Colleville . Plus tard le 18e RI qui vient de débarquer renforce le 16e alors engagé dans un combat de rue.
13h00 : Destruction du WN 72. Une compagnie du 726e grenadier vient renforcer les troupes allemandes.
13h35 : Un message provenant d’Omaha Beach et à destination du général Bradley indique que « Les troupes jusqu’ici clouées au sol sur Easy Red , Easy Green et Fox Red progressent au-delà des hauteurs dominant les plages »
Les renforts comprenant hommes , chars , véhicules sont acheminés en grand nombre ce qui provoque d’importants embouteillages.
14h30 : Prise du point d’appuis n°62 (WN 62) dans le secteur Easy Red .
Franz Gockel , 18 ans, est affecté au poste WN 62. Il raconte : « Notre défense est moins efficace et l’ennemi toujours plus nombreux. Le commandant du poste est blessé. Il nous ordonne de protéger les flancs avec deux de mes camarades. Rapidement, l’un d’eux se fait tuer près de moi. Une balle me traverse la main. L’ennemi est maintenant très proche, à une vingtaine de mètres. Juste le temps de panser ma blessure et je m’enfuis par les tranchées en direction de Colleville-sur-mer"
15h15 : La sortie E1 est opérationnelle.
La progression des GI à l’intérieur du bocage est entravée par des snipers, des mitrailleuses et des fantassins allemands qui tirent avantage de ce paysage normand si particulier. De plus, le manque de moyens de communication nuit grandement à la coordination et à l’avancée des troupes.
17h00 : La maison fortifiée qui protégeait la sortie D1 est neutralisée. Elle était attaquée à partir des tranchées allemandes depuis le matin par le 2e Rangers (compagnie C) , appuyé ensuite par des hommes du 116e RCT.
19h00 : le général Huebner, commandant de la 1st DI débarque.
20h00 : Le fossé antichar de la sortie D3 est comblé par le génie. La sortie D1 est rendue opérationnelle par le génie , ce qui permet aux chars d’entrer dans Vierville.

Au soir, 34 500 hommes ont débarqué, avec plus de 2800 véhicules. 100 tonnes de matériels ont été débarquées au lieu des 2400 prévus. Les pertes américaines (morts, blessés, disparus) se situe entre 3 000 et 4 000. Aussi 79 chars et plus de 50 péniches ont été perdus.
Ce n’est que le 7, au soir, que les objectifs fixés pour le jour J sont pratiquement atteints (Colleville, St-Laurent et Formigny sont occupés) . Le lendemain (8 juin) les tir sporadiques de l’artillerie allemande cessent sur la plage, un terrain d’aviation est opérationnel vers St-Laurent et commence la construction du port artificiel « Mulberry ».
Tomahawk