L'opération Catapult (2 - 6 juillet 1940)
Suite à la reddition française du 22 juin 1940, les Français devaient mettre tous leurs navires à disposition de l'Allemagne et de l'Italie. Or, les Britanniques, et plus particulièrement Churchill, craignaient que les navires français passés sous contrôle allemand ne soient utilisés contre eux, ce qui donnerait un avantage certain aux Allemands dans la bataille de l'Atlantique. Il s'agissait donc pour eux de neutraliser les navires français, ou de les rallier à leur cause.
Beaucoup de bâtiments français se trouvaient dans des ports d'Afrique comme Alexandrie, Mers El Kébir, et Dakar. Les Britanniques montèrent l'opération Catapult, qui consistait à rallier ses bateaux à leur cause, ou tout du moins à les neutraliser, et ainsi amputer l'Allemagne d'éléments qui auraient pu leur être fort utiles dans la bataille de l'Atlantique, et ce malgré le fait que le Führer ne voulait pas les utiliser à des fins militaires. Les Britanniques commencèrent l'opération dans la nuit du 3 au 4 juillet. Ils prirent facilement le contrôle des navires en présence en surprenant leurs équipages dans leur sommeil, avant de les faire captifs. Peu après, à Alexandrie, commencèrent de longues négociations entre l'amiral britannique Cunningham et l'amiral français Godfroy, négociations qui aboutirent le 14 juillet 1940 au désarmement de la flotte française.
Mais si la l'opération Catapult se déroula en général bien et sans grandes effusions de sang, elle vit quand même de véritables hécatombes, parmi lesquelles l'attaque britannique sur Mers El Kébir, qui dura du 4 au 6 juillet 1940 et eut comme résultat mort et destruction.
Mers El Kébir était un village algérien possédant un port en eaux profondes bien protégé dans son abri naturel entre le Santon et le pic d'Aïdour. Les Français y avaient construit en 1935 l'une de leurs principales bases navales, et il y avait là une véritable armada qui était constituée, entre autres, de cuirassés, de torpilleurs, de croiseurs, et de transporteurs d'hydravions. L'armada britannique qui avait pour charge de s'occuper de Mers El Kébir (appelée force "H") était, quant à elle, constituée d'un croiseur (le "Hood"), de deux cuirassés (le "Résolution" et le "Vaillant"), d'un porte-avions (le "Ark Royal"), et était dirigée par l'amiral Somerville. Le 3 juillet 1940 à 7 heures, le capitaine de vaisseau Holland, envoyé par l'amiral Somerville, fut reçu par le commandant de la force navale française présente à Mers El Kébir, l'amiral Gensoul. Il remit à ce dernier un ultimatum qui prenait fin dans six heures. Cet ultimatum proposait trois "offres" à la flotte française en présence: se rallier aux Britanniques, être mis sous leur contrôle dans un port leur appartenant, ou se rendre aux Antilles pour y être désarmée. Si aucune de ces "offres" ne convenait aux Français, ils pouvaient simplement saborder leurs navires. Si aucun choix n'était fait, ce seraient les Britanniques qui s'en chargeraient. Les six heures passèrent inéxorablement, et tandis que l'amiral Somerville proposait un report de l'ultimatum, un message adressé à Gensoul qui l'avertissait de l'arrivée des escadres de Toulon et Alger en renfort fut capté par les Britanniques. Ce message fit prendre compte aux Britanniques que les Français ne se plieraient pas à leurs volontés, et qu'ils devraient saborder les bâtiments français eux-mêmes.
Ainsi, le 4 juillet en fin d'après-midi commença l'attaque britannique. Les tirs d'artillerie de la force "H" touchèrent tout d'abord le croiseur "Dunkerque" et le cuirassé "Provence". Ils foudroyèrent ensuite le torpilleur "Mogador" et le cuirassé "Bretagne" qui s'enflamma de suite. Le 6 juillet, la destruction de la flotte fut achevée par le bombardement du "Dunkerque" et du patrouilleur "Terre Neuve", qui explosa avant de sombrer, par les avions du porte-avions "Ark Royal".
Cette attaque fut un véritable massacre. Trois gros bâtiments français furent coulés, les autres immobilisés, et seul le croiseur "Strasbourg" accompagné par six autres bâtiments parvint à s'échapper pour aller se réfugier à Toulon. L'attaque fut aussi lourde en pertes humaines avec près de 1300 morts français.
Churchill, obsédé à juste titre par la défense de la Grande-Bretagne et de ses autres territoires, réussit son coup, la Royal Navy ayant détruit (ou tout du moins immobilisé) 20 % de la flotte française. Preuve fut faite que les Britanniques ne reculeraient devant rien pour assurer leur propre sécurité, ainsi que celle de leurs nombreuses possessions.
Cependant, l'opération Catapult n'eut pratiquement pour seul effet que d'exacerber la haine de certains Français envers les Britanniques. Elle empoisonna les relations entre la Grande-Bretagne et la France, relations déjà fort altérées depuis l'absence d'aide aérienne de la RAF lors de l'invasion allemande en France et en Belgique.

Le porte-avions britannique Ark Royal

Le croiseur britannique Hood
