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Version complète : Tout sur une partie des coulisses du débarquement
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RaFaL
Avant le Jour J, la guerre des espions

L'opération "Fortitude" a été une formidable entreprise de désinformation et d'intoxication. Agents doubles, tanks en caoutchouc, fausses concentrations de troupes : tous les moyens sont bons pour piéger Hitler.

Comment empêcher un débarquement allié de réussir ? Telle était la question lancinante qui se posait à l'état-major allemand en ce printemps 1944. Une légende tenace veut que Rommel ait été partisan d'écraser immédiatement l'offensive, de rejeter tout de suite l'ennemi à la mer. Mais les choses sont un peu plus compliquée.
Le débarquement allait avoir lieu. Les Alliés commes les Allemands le savaient. La véritable interrogation qui se posait était tout autre. Une fois débarqués, les Alliés pourraient-ils résister et tenir les plages normandes si Hitler et ses généraux lançaient contre eux les toutes puissantes divisions de panzers, éparpillées dans la France occupée ? Pour Hitler comme pour les allemands, le moment clé du débarquement en Europe ne fut pas le matin du Jour-J, mais deux jours plus tard, en soirée, environ soixante heure après les premiers assauts sur les plages Utah, Omaha, Goldn Juno et Sword.

Ce jour-là, toutes les troupes de la première vague d'attaque allié avaient mis pied à terre, déjà affaiblies par leurs pertes et cernées sur le rivage relativement étroit d'une plage. L'impressionnate flotte d'invasion qui les avait déposées là était repartie vers l'Angleterre, afin d'embarquer les hommes et le matériel qui méneraient le deuxième assaut. Quarante-huit heure s'écouleront avant leur retour, pendant lesquelles les positions alliées sont les plus vulnérables. L'officier de renseignements d'Eisenhower, le général de division G.F.M. Whiteley, déclara qu'Hitler aurait dû, ce jour-là, décider d'"aller jusqu'au bout et tout risquer pour nous expulser hors de la Normandie".
Or, s'il avait fait ce choix quatre ou cinq jours après le Jour-J, ce sont au moins sept divisions de panzers et autant d'artillerie, deux divisions de parachutistes et une demi-douzaine de bataillons de chars qui auraient lancé une contre-attaque sanglante contre les sept divisions alliées déjà débarquées.
Quelles en auraient été les conséquences?
Les pronostics de l'officier de renseignements américain Omar Bradley étaient plutôt terrifiant. "Si les panzers de Hitler attaquent la côte entre J+3 et J+7, notre invasion n'a absolument aucune chance de réussir".
Mais les Allemands n'arrivèrent jamais.
Pourquoi ?
En grande partie grâce au travail d'un petit groupe d'hommes, anglais pour la plupart.
L'existence de leur unité était gardée si secrète qu' à peine 300 personnes en avaient connaissance en 1944. On les appelait la "bande des Machiavel amateurs de Churchill", et ils rendaient compte à Churchill lui même, qui leur avait choisi le colonel John Bevan comme chef de corps. Courtier en bourse, ce dernier était un homme incroyablement riche, passé par Eton et Cambridge, et qui entretenait des relations avec la plupart des personnes haut placées.
Bevan et ses hommes contrôlaient ce que l'on appelait la "désinformation militaire stratégique", dont la mission était d'induire l'ennemi en erreur quant aux intentions des Alliés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Anglais étaient passés maîtres dans l'art de la désinformation militaire. Leur alliés américains avaient du mal à se faire à l'idée que leur action puisse permettre une opération aussi décisive que le débarquement de Normandie.
Ils avaient déjà piégé Rommel à El-Alamein en construisant des kilomètres de routes ne menant nulle part, des gares qui ne virent jamais la couleur d'un train et des pipelines qui n'acheminèrent jamais une goutte de pétrole.
Pour ce qu'il appelèrent l'opération "Fortitude", Bevan et son équipe préparent un scénario parfaitement logique et crédible pour Hitler et ses généraux, afin de les induire en erreur et de les amener droit dans leur piège.
Le voici : faire croire aux Allemands que la Normandie ne serait qu'une diversion et le premier de DEUX débarquements. Et que les Alliés voulaient les pousser à envoyer la totalité de leurs troupes stationnées dans le Pas-de-Calais sur les plages de Normandie. Selon ce scénario, le second et véritable débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais, précisement là où les positions allemandes seraient affaiblies. But de la manoeuvre : inciter les Allemands à immobiliser leurs troupes dans le Pas-de-Calais.
Un plan particulièrement risqué, dont la mise en oeuvre se heurta vite à un problème a priori insurmontable. Les Alliés avaient déjà à peine assez de troupes pour monter une invasion : deux c'était du délire ! La réponse sortit tout droit de l'imagination de Bevan. Lui et son équipe bâtirent une armée de fantômes, postée dans les champs du sud-est de l'Angleterre, là où, en toute logique, des soldats prêts à lancer l'assaut sur Calais se tendraient. Bientôt, les champs fertiles et verdoyants à l'est de la Tamise, dans le Kent, le Sussex, et l'East Anglia, virent pousser des tentes kaki de l'armée et ses drapeaux flotter au gré de la brise printanière. Non loin était soigneusement empilées des caisses de munitions et des montagnes de jerricans, en réalité tous vides. Mais le plus impressionnant reste les files interminables de tanks et de camions plus vrais que nature, mise à part le fait qu'ils étaient en caoutchouc !
Pour parfaire le décor, le corps des transmissions de l'armée américaine envoya un détachement de soldats - pour la plupart des anciens acteurs de Broadway ou Hollywood - dans le sud-est de l'Angleterre afin de diffuser des messages radio qu'une véritable armée sur le pied de guerre aurait émis. L'illusion était parfaite : les campements semblaient à s'y méprendre à ceux du sud-ouest de l'Angleterre, où le véritable débarquement, celui de Normandie, se préparait.
Enfin, Brevan choisit un général pour son armée fantôme, George S. Patton, que les Allemands identifièrent comme celui qui allait mener le débarquement allié.
Si cette incroyable mise en scène fonctionnait, elle allait infliger de sérieuses blessures non pas au paysage anglais, mais à l'aplomb des généraux allemands, voire à Hitler lui même.
Au même moment, l'armée allemande de l'Ouest préparait son estimation hebdomadaire des intentions et de l'état des forces alliées pour le quartier général de Hitler. Ce rapport estimait à soixante-dix-huit les divisions alliées postées en Angleterre, principalement concentrées dans le sud-est du pays. En réalité, il n'y en avait que trente-sept, dont trois seulement dans le sud-est...
L'auteur du rapport était un démocrate Prussien nommé Alexis von Roenne. Il se fonda sur les messages radio interceptés et sur les informations récoltées par les agents allemands postés en Angleterre. L'amiral Wilhelm Canaris, le chef de l'Abwehr, l'agence militaire allemande de renseignements, lui certifia qu'il y avait deux personnes en lesquelles il pouvait avoir une confiance absolue : un agent polonais surnommé Armand, ancien officier de l'armée de l'air, et l'espion espagnol V.Mann Arabal.
En réalité, ces deux agents travaillaient pour l'agence de contre-espionnage britannique, le MI5. Le Polonais, Roman Czerniawski, était partit pour la France après la défaite de son pays afin de combattres les Allemands une seconde fois, au côté de l'armée française. Quand la France tomba à son tour, il monta un réseau clandestin de résistance qui, bien que très efficace, finit par être infiltré par les renseignements allemands. Czerniawski fut jeté en prison, jusqu'à ce que les allemands lui fissent une offre : aller en Angleterre, monter un réseau à leur service, en échange de la vie des 63 résistants arrêtés avec lui. Le Polonais accepta, une fausse évasion fut organisée le 14 juillet 1942, puis il partit pour l'Angleterre. Mais, une fois sur place, il se mit immédiatement au service des Britanniques...
L'agent double fut chargé par les Anglais d'envoyer une série de faux messages aux Allemands, qui n'y virent que du feu. Czerniawski fut vite un personnage clé de l'opération "Fortitude", en devenant la liaison polonaise entre l'Air Force et l'armée américaine fabtôme. De leur côté les Allemands voyaient en lui une source inestimable d'informations - toutes fausses , mais non moins vitales pour le débarquement qui se préparait.
L'histoire de l'espagnol est encore plus remarquable. Celui que les alliés appelaient Garbo fut certainement l'agent le plus important de la guerre. Juan Pujol Garcia, après avoir combattu Franco, décida de prêter main forte aux ALliés dès le début de la guerre. Mais, lorsqu'il se rendit au quartier général des Renseignements anglais de Madrid, le MI6, on ne le prit pas au sérieux. Il se tourna donc vers le chef de l'Abwehr dans la capitale espagnole, le lieutenant-colonel Erich Kuhlenthal, qui l'embaucha comme espion au service des Allemands.
N'étant pas parvenu à se rendre en Angleterre, Garcia resta à Lisbonne, d'où il envoyait à Kuhlenthal des lettres inspirées de sa lectire de la presse britannique, qu'il attribuait à un prétendu ami anglais travaillant comme steward sur un bateau relian Lisbonne et Liverpool. Ses rapports étaient incroyablement vraisemblables, au point que les Anglais eux mêmes crurent qu'il était un véritable espion basé sur leur sol. Quant à Khulenthal, il jubilait et envoyait les rapports à Berlin.
Après quelques mois, Garcia retourna au MI6 de Madrid, où il fut cette fois-ci acceuilli à bras ouverts et envoyé en Angleterre. Là-bas, il fut placé sous les ordres d'un Anglo-Espagnol redoutablement intelligent, Tomas "Thommy" Harris, qui le chargea de monter un réseau imaginaire d'agents opposants à l'Empire britannique, majoritairement postés dans le sud-est de l'Angleterre. En février 1944, le "réseau" comptait vingt-quatre agents : Harris avait réalisé un coup de maître.
Garbo annoca à l'Abwehr de Madrid que l'un de ses agents avait appris que le débarquement allié aurait lieu le matin du Jour-J, vers 1 heure. Il avait calculé à la minute où le message arriverait au quartier général de Hitler, la première vague de débarquement alliée aurait déjà pris pied sur les plages. Si bien que le message n'aurait plus aucune valeur tactique pour les Allemands. Mais, grâce à lui, Garbo deviendrait l'agent le plu efficace que le Reich croyait posséder.
Les supérieurs de Harris étaient persuadés qu'Eisenhower ne donnerait jamais son aval à un plan d'une telle extrvagance. Mais, étonnament, il le fit, et Garbo envoya un message radio à Kuhlentahl disant que les Alliés arrivaient. Quand Berlin le reçut, Garbo devint un héros aux yeux des Allemands. Comme le souhaitaient les Anglais...
Conformément au plan alliés, l'instant crucial du débarquement normand se situait au soir du Jour-J+2, le 8 juin 1944. A la fin de la première phase du Débarquement. Les quinze divisions alliées déjà à terre devaient devait résister pendant au moins cinq jours, pendant lesquels las Allemands pouvaient les terrasser - ce qu'ils auraient pu faire sans peine, avec leur trente divisions, dont sept de panzers.
C'est exactement ce que le chef des forces allemandes de l'Ouest, le maréchal Gerd von Rundstet, souhaitait. Lors de la conférence des étas-majors du soir, il était fou de rage parceque le maréchal Erwin Rommel, responsable de la côte, n'avait pas fait reculer d'un centimètre les Alliés débarqués. Von Rundstet décreta qu'il était temps d'appliquer ce que le haut commandement allemand avait étiqueté comme le cas III A : le retrait immédiat des troupes du Pas-de-Calais pour les envoyer sur le front normand.
Le vieux maréchal rusé avait parfaitement saisi le plan des Alliés. La Normandi n'était pas une diversion. C'est là qu'avait lieu le véritable débarquement. Contre l'avis de Rommel, il appela Hitler en personne, pour lui demander d'appliquer le plan III A.
Quelques heures plus tard, lors de sa conférence stratégique du soir, Hitler prit en compte sa requête et donna le seul ordre qui aurait pu sauver le IIIe Reich : l'exécution immédiate du plan III A.
Si "Fortitude" - la désinformation stratégique méticuleusement montée par les Alliés - devait fonctionner, c'était à cet instant précis. Ce 8 juin au soir, la BBC envoya un message codé aux résistants français cachés près de la frontière franco-belges, afin de les avertir que le débarquement aurait lieu dans la zone dans les vingt-quatre heures. Mais le réseau était infiltré par l'Abwehr. Ses principaux chefs, arrêtés le 3 juin, révélèrent sous la torture la signification des messages radios reçus de Londres. Tout laisse à croire cependant que Londres savait que le réseau avait été infiltré et que ses membres lacheraient des informations cruciales - ce que les archives allemandes confirmèrent plus tard. Bref, des agents résistants ont été sacrifié sur l'autel "Fortitude"...
Peu de temps après, le quartier général de l'Abwehr de Paris reçut le texte décodé de l'agent double polonais Armand. Il y racontait avoir passé la journée au château de Douvres, où il disait avoir vu "de ses propres yeux les troupes de Patton prêtes à embarquer".
Le 9 juin à 7 heures du matin, les deux rapports étaient sur le bureau du chef de l'Abwehr, le colonel Oscar Reile. Il envoya d'urgence un message prioritaire à son supérieur, le colonel Alexis von Roenne. Reile n'envisagea pas une seconde que Londres ait pu savoir que les résistants été arrêtés et déclara que le rapport du Polonais "devait se référer à une opération sur les côtes proches de la frontière belge".
Von Roenne était arrivé aux mêmes conclusions. Ce matin là, il appela l'officier d'ordonnance des renseignemens de Hitler, le colonel Fredrich Adolf Krummacher, et lui dit, que selon toute probabilitée, "les opérations de débarquement auraient lieu le 10 juin près de la Belgique". Et qu'il était "hors de question d'envoyer les troupes du Pas-de-Calais en Normandie". Krummacher promit d'attirer l'attention du Führer sur le rapport lors de la réunion stratégique du midi. Hitler hésita et décida de ne prendre aucune décision sur le cas III A avant le soir.
Le tissu de mensonge dressé par l'opération "Fortitude" allait bientôt porter ses fruits. Il lui manquait la touche finale. Ce fut l'enveloppe qui atterit sur le bureau de Von Roenne le 9 juin, à 22h20. La version décodée du dernier message de Garbo arrivait de Madrid. "Il est parfaitement clair, écrivait il, que la présente attaque est une large opération de diversion...dont le but est d'attirer nos troupes au mauvais endroit afin de pouvoir frapper ailleurs, avec succès".
Von Roenne tenait enfin la preuve indiscutable des intentions réelles des Alliés. Il envoya le message au QG de Hitler avec la mention suivante : "Le rapport de V.Mann Arabal reçu la semaine dernière a été confirmé dans sa quasi totalité et doit être pris très au sérieux".
Le samedi 10 juin, à 1h30, Hitler change d'avis. Il annule le plan III A, et les quelques 500 tanks et 50 000 soldats allemands reviennent sur leurs bases du Pas-de-Calais. Ce fut la décision par laquelle l'Allemagne perdit la guerre.
Plus tard, ce matin là, les architectes de l'opération "Fortitude" se réunissent dans les sous-sols secrets du quartier général de Churchill pour suivre les opérations de Normandie. Quand ils apprirent que le plan III A avait été annulé, ils ne purent retenir leurs applaudissements. Churchill lui même entra alors pour dire que "Fortitude" était "l'accomplissement suprême de la longue et glorieuse histoire des services britanniques".


Source : Le Point n° 1654

C'est en majeur partit grâce à "Fortitude" que l'opération "Overlord" puisse arriver à son terme, mais il faut ajouter que les quelques 176 000 hommes débarqués sur les plages de Normandie, les groupes de résistants qui ont permit de ralentir les troupes allemandes, et tous les autres évènements accompli par de nombreuses personnes sont aussi les acteurs de cette victoire lors de ce 6 juin 1944, qui a était pour tous sans exeption le Jour le plus Long....

[LSD]RaFaL
Nono
Voilà, c'est en partie article historique, je n'ai pas tout lu mais je le ferais bientôt. Je pense qu'on fera une petite news pour le 6 juin, on parlera de ton article.
Infernalis
N'oublions pas aussi de parler du grand nombre de français mort par des bombardement américains le 6 juin 1944 à Calais, mais bon, c'est la guerre...
}JAG{=MosQuitO=-
Ba moi j'ai tout lu et je n'ai qu'une chose à dire : BRAVO !

J'ai apris plein de choses et cette article m'a permis de comprendre tous les elements que j'avais pu lire , voir ou entendre.

Merci et chapeau bas !
RaFaL
Si vous êtes sage je vous ferais une petite nouvelle sur Omaha Beach côté allemand, sur le baroud des commados de Kieffer, et peut être sur les fusillés du 6 juin à Caen.
Ou sinon sur les avancées, les indispensables de la guerre, quie permireent aux soldats de réussir leur mission (radio portative, péniciline, pactage du GI, parachute, zeppelins...).

Voir même un court passage sur les révelations d'actes de viols commis par les GI américains sur des anglaises et des françaises.....

clin.gif
Destroy man
RaFaL c'est super !!! blink.gif blink.gif Tu n'as pas du écrire ça en deux minutes heureux30.gif !!! J'ai pris le temps de lire tout l'article (eh oui il en faut du temps) et ca ma bluffé!

Chapeau et on attends vite les autres !! bleh.gif
FLYING
nono et phenix jcroi ke le minimum sa aurait ete de dire bravo non?
enfin soite moi j'ai kune chose a dire magnifique ca reprend tout vraiment ta bcp de talent wub.gif
Nono
Tu sais, moi je lui ai déjà dis bravo en privé et dans ma news, mais je peux le redire ici si ça te fait plaisir:
Bravo Rafal.
[)@rK-A|iEn
Très bon article, long et intéressant clin.gif
Félicitation, tu écris très bien ! En plus l'orthographe n'est pas baclé.
Bravo !
Viky
j'ai tout lu aussi, c'était un pan de cette opération que je connaissais pas, alors merci beaucoup rafal pour ce trés beau boulot smile.gif
nacef
CITATION (RaFaL @ jeudi 03 juin 2004, 20:32)
Avant le Jour J, la guerre des espions

L'opération "Fortitude" a été une formidable entreprise de désinformation et d'intoxication. Agents doubles, tanks en caoutchouc, fausses concentrations de troupes : tous les moyens sont bons pour piéger Hitler.

Comment empêcher un débarquement allié de réussir ? Telle était la question lancinante qui se posait à l'état-major allemand en ce printemps 1944. Une légende tenace veut que Rommel ait été partisan d'écraser immédiatement l'offensive, de rejeter tout de suite l'ennemi à la mer. Mais les choses sont un peu plus compliquée.
Le débarquement allait avoir lieu. Les Alliés commes les Allemands le savaient. La véritable interrogation qui se posait était tout autre. Une fois débarqués, les Alliés pourraient-ils résister et tenir les plages normandes si Hitler et ses généraux lançaient contre eux les toutes puissantes divisions de panzers, éparpillées dans la France occupée ? Pour Hitler comme pour les allemands, le moment clé du débarquement en Europe ne fut pas le matin du Jour-J, mais deux jours plus tard, en soirée, environ soixante heure après les premiers assauts sur les plages Utah, Omaha, Goldn Juno et Sword.

Ce jour-là, toutes les troupes de la première vague d'attaque allié avaient mis pied à terre, déjà affaiblies par leurs pertes et cernées sur le rivage relativement étroit d'une plage. L'impressionnate flotte d'invasion qui les avait déposées là était repartie vers l'Angleterre, afin d'embarquer les hommes et le matériel qui méneraient le deuxième assaut. Quarante-huit heure s'écouleront avant leur retour, pendant lesquelles les positions alliées sont les plus vulnérables. L'officier de renseignements d'Eisenhower, le général de division G.F.M. Whiteley, déclara qu'Hitler aurait dû, ce jour-là, décider d'"aller jusqu'au bout et tout risquer pour nous expulser hors de la Normandie".
Or, s'il avait fait ce choix quatre ou cinq jours après le Jour-J, ce sont au moins sept divisions de panzers et autant d'artillerie, deux divisions de parachutistes et une demi-douzaine de bataillons de chars qui auraient lancé une contre-attaque sanglante contre les sept divisions alliées déjà débarquées.
Quelles en auraient été les conséquences?
Les pronostics de l'officier de renseignements américain Omar Bradley étaient plutôt terrifiant. "Si les panzers de Hitler attaquent la côte entre J+3 et J+7, notre invasion n'a absolument aucune chance de réussir".
Mais les Allemands n'arrivèrent jamais.
Pourquoi ?
En grande partie grâce au travail d'un petit groupe d'hommes, anglais pour la plupart.
L'existence de leur unité était gardée si secrète qu' à peine 300 personnes en avaient connaissance en 1944. On les appelait la "bande des Machiavel amateurs de Churchill", et ils rendaient compte à Churchill lui même, qui leur avait choisi le colonel John Bevan comme chef de corps. Courtier en bourse, ce dernier était un homme incroyablement riche, passé par Eton et Cambridge, et qui entretenait des relations avec la plupart des personnes haut placées.
Bevan et ses hommes contrôlaient ce que l'on appelait la "désinformation militaire stratégique", dont la mission était d'induire l'ennemi en erreur quant aux intentions des Alliés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Anglais étaient passés maîtres dans l'art de la désinformation militaire. Leur alliés américains avaient du mal à se faire à l'idée que leur action puisse permettre une opération aussi décisive que le débarquement de Normandie.
Ils avaient déjà piégé Rommel à El-Alamein en construisant des kilomètres de routes ne menant nulle part, des gares qui ne virent jamais la couleur d'un train et des pipelines qui n'acheminèrent jamais une goutte de pétrole.
Pour ce qu'il appelèrent l'opération "Fortitude", Bevan et son équipe préparent un scénario parfaitement logique et crédible pour Hitler et ses généraux, afin de les induire en erreur et de les amener droit dans leur piège.
Le voici : faire croire aux Allemands que la Normandie ne serait qu'une diversion et le premier de DEUX débarquements. Et que les Alliés voulaient les pousser à envoyer la totalité de leurs troupes stationnées dans le Pas-de-Calais sur les plages de Normandie. Selon ce scénario, le second et véritable débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais, précisement là où les positions allemandes seraient affaiblies. But de la manoeuvre : inciter les Allemands à immobiliser leurs troupes dans le Pas-de-Calais.
Un plan particulièrement risqué, dont la mise en oeuvre se heurta vite à un problème a priori insurmontable. Les Alliés avaient déjà à peine assez de troupes pour monter une invasion : deux c'était du délire ! La réponse sortit tout droit de l'imagination de Bevan. Lui et son équipe bâtirent une armée de fantômes, postée dans les champs du sud-est de l'Angleterre, là où, en toute logique, des soldats prêts à lancer l'assaut sur Calais se tendraient. Bientôt, les champs fertiles et verdoyants à l'est de la Tamise, dans le Kent, le Sussex, et l'East Anglia, virent pousser des tentes kaki de l'armée et ses drapeaux flotter au gré de la brise printanière. Non loin était soigneusement empilées des caisses de munitions et des montagnes de jerricans, en réalité tous vides. Mais le plus impressionnant reste les files interminables de tanks et de camions plus vrais que nature, mise à part le fait qu'ils étaient en caoutchouc !
Pour parfaire le décor, le corps des transmissions de l'armée américaine envoya un détachement de soldats - pour la plupart des anciens acteurs de Broadway ou Hollywood - dans le sud-est de l'Angleterre afin de diffuser des messages radio qu'une véritable armée sur le pied de guerre aurait émis. L'illusion était parfaite : les campements semblaient à s'y méprendre à ceux du sud-ouest de l'Angleterre, où le véritable débarquement, celui de Normandie, se préparait.
Enfin, Brevan choisit un général pour son armée fantôme, George S. Patton, que les Allemands identifièrent comme celui qui allait mener le débarquement allié.
Si cette incroyable mise en scène fonctionnait, elle allait infliger de sérieuses blessures non pas au paysage anglais, mais à l'aplomb des généraux allemands, voire à Hitler lui même.
Au même moment, l'armée allemande de l'Ouest préparait son estimation hebdomadaire des intentions et de l'état des forces alliées pour le quartier général de Hitler. Ce rapport estimait à soixante-dix-huit les divisions alliées postées en Angleterre, principalement concentrées dans le sud-est du pays. En réalité, il n'y en avait que trente-sept, dont trois seulement dans le sud-est...
L'auteur du rapport était un démocrate Prussien nommé Alexis von Roenne. Il se fonda sur les messages radio interceptés et sur les informations récoltées par les agents allemands postés en Angleterre. L'amiral Wilhelm Canaris, le chef de l'Abwehr, l'agence militaire allemande de renseignements, lui certifia qu'il y avait deux personnes en lesquelles il pouvait avoir une confiance absolue : un agent polonais surnommé Armand, ancien officier de l'armée de l'air, et l'espion espagnol V.Mann Arabal.
En réalité, ces deux agents travaillaient pour l'agence de contre-espionnage britannique, le MI5. Le Polonais, Roman Czerniawski, était partit pour la France après la défaite de son pays afin de combattres les Allemands une seconde fois, au côté de l'armée française. Quand la France tomba à son tour, il monta un réseau clandestin de résistance qui, bien que très efficace, finit par être infiltré par les renseignements allemands. Czerniawski fut jeté en prison, jusqu'à ce que les allemands lui fissent une offre : aller en Angleterre, monter un réseau à leur service, en échange de la vie des 63 résistants arrêtés avec lui. Le Polonais accepta, une fausse évasion fut organisée le 14 juillet 1942, puis il partit pour l'Angleterre. Mais, une fois sur place, il se mit immédiatement au service des Britanniques...
L'agent double fut chargé par les Anglais d'envoyer une série de faux messages aux Allemands, qui n'y virent que du feu. Czerniawski fut vite un personnage clé de l'opération "Fortitude", en devenant la liaison polonaise entre l'Air Force et l'armée américaine fabtôme. De leur côté les Allemands voyaient en lui une source inestimable d'informations - toutes fausses , mais non moins vitales pour le débarquement qui se préparait.
L'histoire de l'espagnol est encore plus remarquable. Celui que les alliés appelaient Garbo fut certainement l'agent le plus important de la guerre. Juan Pujol Garcia, après avoir combattu Franco, décida de prêter main forte aux ALliés dès le début de la guerre. Mais, lorsqu'il se rendit au quartier général des Renseignements anglais de Madrid, le MI6, on ne le prit pas au sérieux. Il se tourna donc vers le chef de l'Abwehr dans la capitale espagnole, le lieutenant-colonel Erich Kuhlenthal, qui l'embaucha comme espion au service des Allemands.
N'étant pas parvenu à se rendre en Angleterre, Garcia resta à Lisbonne, d'où il envoyait à Kuhlenthal des lettres inspirées de sa lectire de la presse britannique, qu'il attribuait à un prétendu ami anglais travaillant comme steward sur un bateau relian Lisbonne et Liverpool. Ses rapports étaient incroyablement vraisemblables, au point que les Anglais eux mêmes crurent qu'il était un véritable espion basé sur leur sol. Quant à Khulenthal, il jubilait et envoyait les rapports à Berlin.
Après quelques mois, Garcia retourna au MI6 de Madrid, où il fut cette fois-ci acceuilli à bras ouverts et envoyé en Angleterre. Là-bas, il fut placé sous les ordres d'un Anglo-Espagnol redoutablement intelligent, Tomas "Thommy" Harris, qui le chargea de monter un réseau imaginaire d'agents opposants à l'Empire britannique, majoritairement postés dans le sud-est de l'Angleterre. En février 1944, le "réseau" comptait vingt-quatre agents : Harris avait réalisé un coup de maître.
Garbo annoca à l'Abwehr de Madrid que l'un de ses agents avait appris que le débarquement allié aurait lieu le matin du Jour-J, vers 1 heure. Il avait calculé à la minute où le message arriverait au quartier général de Hitler, la première vague de débarquement alliée aurait déjà pris pied sur les plages. Si bien que le message n'aurait plus aucune valeur tactique pour les Allemands. Mais, grâce à lui, Garbo deviendrait l'agent le plu efficace que le Reich croyait posséder.
Les supérieurs de Harris étaient persuadés qu'Eisenhower ne donnerait jamais son aval à un plan d'une telle extrvagance. Mais, étonnament, il le fit, et Garbo envoya un message radio à Kuhlentahl disant que les Alliés arrivaient. Quand Berlin le reçut, Garbo devint un héros aux yeux des Allemands. Comme le souhaitaient les Anglais...
Conformément au plan alliés, l'instant crucial du débarquement normand se situait au soir du Jour-J+2, le 8 juin 1944. A la fin de la première phase du Débarquement. Les quinze divisions alliées déjà à terre devaient devait résister pendant au moins cinq jours, pendant lesquels las Allemands pouvaient les terrasser - ce qu'ils auraient pu faire sans peine, avec leur trente divisions, dont sept de panzers.
C'est exactement ce que le chef des forces allemandes de l'Ouest, le maréchal Gerd von Rundstet, souhaitait. Lors de la conférence des étas-majors du soir, il était fou de rage parceque le maréchal Erwin Rommel, responsable de la côte, n'avait pas fait reculer d'un centimètre les Alliés débarqués. Von Rundstet décreta qu'il était temps d'appliquer ce que le haut commandement allemand avait étiqueté comme le cas III A : le retrait immédiat des troupes du Pas-de-Calais pour les envoyer sur le front normand.
Le vieux maréchal rusé avait parfaitement saisi le plan des Alliés. La Normandi n'était pas une diversion. C'est là qu'avait lieu le véritable débarquement. Contre l'avis de Rommel, il appela Hitler en personne, pour lui demander d'appliquer le plan III A.
Quelques heures plus tard, lors de sa conférence stratégique du soir, Hitler prit en compte sa requête et donna le seul ordre qui aurait pu sauver le IIIe Reich : l'exécution immédiate du plan III A.
Si "Fortitude" - la désinformation stratégique méticuleusement montée par les Alliés - devait fonctionner, c'était à cet instant précis. Ce 8 juin au soir, la BBC envoya un message codé aux résistants français cachés près de la frontière franco-belges, afin de les avertir que le débarquement aurait lieu dans la zone dans les vingt-quatre heures. Mais le réseau était infiltré par l'Abwehr. Ses principaux chefs, arrêtés le 3 juin, révélèrent sous la torture la signification des messages radios reçus de Londres. Tout laisse à croire cependant que Londres savait que le réseau avait été infiltré et que ses membres lacheraient des informations cruciales - ce que les archives allemandes confirmèrent plus tard. Bref, des agents résistants ont été sacrifié sur l'autel "Fortitude"...
Peu de temps après, le quartier général de l'Abwehr de Paris reçut le texte décodé de l'agent double polonais Armand. Il y racontait avoir passé la journée au château de Douvres, où il disait avoir vu "de ses propres yeux les troupes de Patton prêtes à embarquer".
Le 9 juin à 7 heures du matin, les deux rapports étaient sur le bureau du chef de l'Abwehr, le colonel Oscar Reile. Il envoya d'urgence un message prioritaire à son supérieur, le colonel Alexis von Roenne. Reile n'envisagea pas une seconde que Londres ait pu savoir que les résistants été arrêtés et déclara que le rapport du Polonais "devait se référer à une opération sur les côtes proches de la frontière belge".
Von Roenne était arrivé aux mêmes conclusions. Ce matin là, il appela l'officier d'ordonnance des renseignemens de Hitler, le colonel Fredrich Adolf Krummacher, et lui dit, que selon toute probabilitée, "les opérations de débarquement auraient lieu le 10 juin près de la Belgique". Et qu'il était "hors de question d'envoyer les troupes du Pas-de-Calais en Normandie". Krummacher promit d'attirer l'attention du Führer sur le rapport lors de la réunion stratégique du midi. Hitler hésita et décida de ne prendre aucune décision sur le cas III A avant le soir.
Le tissu de mensonge dressé par l'opération "Fortitude" allait bientôt porter ses fruits. Il lui manquait la touche finale. Ce fut l'enveloppe qui atterit sur le bureau de Von Roenne le 9 juin, à 22h20. La version décodée du dernier message de Garbo arrivait de Madrid. "Il est parfaitement clair, écrivait il, que la présente attaque est une large opération de diversion...dont le but est d'attirer nos troupes au mauvais endroit afin de pouvoir frapper ailleurs, avec succès".
Von Roenne tenait enfin la preuve indiscutable des intentions réelles des Alliés. Il envoya le message au QG de Hitler avec la mention suivante : "Le rapport de V.Mann Arabal reçu la semaine dernière a été confirmé dans sa quasi totalité et doit être pris très au sérieux".
Le samedi 10 juin, à 1h30, Hitler change d'avis. Il annule le plan III A, et les quelques 500 tanks et 50 000 soldats allemands reviennent sur leurs bases du Pas-de-Calais. Ce fut la décision par laquelle l'Allemagne perdit la guerre.
Plus tard, ce matin là, les architectes de l'opération "Fortitude" se réunissent dans les sous-sols secrets du quartier général de Churchill pour suivre les opérations de Normandie. Quand ils apprirent que le plan III A avait été annulé, ils ne purent retenir leurs applaudissements. Churchill lui même entra alors pour dire que "Fortitude" était "l'accomplissement suprême de la longue et glorieuse histoire des services britanniques".


Source : Le Point n° 1654

C'est en majeur partit grâce à "Fortitude" que l'opération "Overlord" puisse arriver à son terme, mais il faut ajouter que les quelques 176 000 hommes débarqués sur les plages de Normandie, les groupes de résistants qui ont permit de ralentir les troupes allemandes, et tous les autres évènements accompli par de nombreuses personnes sont aussi les acteurs de cette victoire lors de ce 6 juin 1944, qui a était pour tous sans exeption le Jour le plus Long....

[LSD]RaFaL

Bonjour!

Cette analyse est excellente sauf sur les points suivants: elle fait l'impasse sur les fautes commises par le MI6. Et elle ne donne aucun lien ni explication avec l'opération JERICHO, ni avec la formidable concentration des rampes de V1 sur les côtes picardes et flamandes!
Mais ce qui est sûr, c'est que les réseaux ALIBI du MI6 du Nord de la France ont été stoppés voir donnés. Sauf un qui a donné la migraine à l'Abwehr et à la Gestapo
Il manquait à l'Abwehr une preuve formelle pour démonter la machine du MI 6. Et sans le savoir, l'Abwehr est passée tout près!

A propos, je recherche les mémoires du colonel Oscar Reile

Pas facile à retrouver. Il va problablement falloir que je me rabatte sur la bibliothèque nationale!
Fabiolo
en même temps l'abweir travaillait contre Hitler donc on bon elle aurait fait exprès de passer à côté que ça ne m'étonnerai pas
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