PS : Je vous rassure je n'ais pas tout tapé à la main
Je vais essayer de rajouter des images - photos - plans dès que possible
bonne lecture
KOURSK : le duel des blindés
Saillant de Koursk (Russie), juillet – août 1943
Au cours de l'été 1943, se produisit sur le front de l'Est un des plus terribles chocs de blindés de toute la guerre : la bataille de Koursk. Comme pour Moscou et Stalingrad, ce fut un affrontement effroyable par son intensité et d'une ampleur considérable. Des armées, fortes de millions d'hommes de chaque côté, s'étaient empoignées dans une lutte sans merci qui dura quinze longues journées. Jamais, au cours de la guerre, on n'avait vu et l'on ne verrait un plus grand nombre de blindés en action. Les attaques allemandes, qui visaient à récupérer l'initiative stratégique en Russie et à modifier le cours de la guerre, furent littéralement annihilées.
Au cours de l'été 1943, on put constater un changement raical dans la stratégie employée sur le front de l'Est – le front décisif de cette guerre. Après l'offensive qui suivit la bataille de Stalingrad, l'armée Rouge avait arraché l'initiative aux Allemands et l'avait conservée. Les attaques soviétiques avaient non seulement fait évacuer aux envahisseurs germains les territoires qu'ils avaient conquis en 1942, mais encore libéré de nombreuses villes et régions.
Les défaites subies à Stalingrad et pendant l'offensive d'hiver des troupes soviétiques avaient posé au grand quartier général allemand le problème de la stratégie à adopter sur le front de l'Est. Prévoyant une offensive des Russes, l'Allemagne pourrait rester sur la défensive. Mais quel effet cette attitude produirait elle sur le moral de l'Allemagne et de ses alliés ? Le fait de renoncer à prendre l'initiative ne pouvait que faire se dresser devant le monde entier – et avant tout devant l'Allemagne – le spectre d'une défaite finale admise par le Reich lui-même. Ce n'était qu'en prenant l'offensive que l'Axe pourrait se préserver de la désintégration, que la foi en la victoire pourrait subsister en Allemagne, que les peuples des pays envahis pourraient continuer d'être tenu en esclavage sous la menace et qu'enfin la puissance et l'invinsibilitée des armées germaniques pourraient continuer de représenter quelque chose aux yeux du reste du monde !

« Tigre » et « Panthère »
Et voilà pourquoi le haut commandement allemand décida de monter une puissante offensive d'été sur le front de l'Est afin de reprendre en main l'initiative stratégique. Il comptait aussi consolider le bloc et restaurer le prestige allemand, qui avait subi quelques accros. Le chef d'état-major de l'O.K.W., le maréchal Keitel, était tout à fait de cet avis, qu'il exprima du reste lors d'une des conférences tenues à la chancellerie du Reich : « Il nous faut attaquer, c'est une nécessité politique. »
Les militaires et dirigeants politiques allemands étaient unanimes à penser qu'un succès à l'est saperait les fondements de la coalition alliée et l'amènerait sansdoute à se disloquer, provoquant ainsi le mécontentement du gouvernement soviétique et de toute la population russe à l'égard des Américains et des Anglais, qui différaient sans cesse l'ouverture d'un second front en Europe. Comme l'écrit l'historien de l'Allemagne de l'Ouest, Walter Gôrlitz, Hitler pensait que « plus tôt un nouveau coup important serait frappé en Russie, plus tôt la coalition entre l'Est et l'Ouest s'effondredrait ».
En préparant cette offensive d'été, les dirigeants allemands tenaient compte de leur potentiel économique qui se trouvait en constante progression. La production de chars moyens et lourds, qui était de 5 700 en 1942, était montée à 11 900 en 1943 et, dans le même temps, celle des avions était passée de 14 700 à 25 200. Quant aux canons et mortiers, le Reich en avait produit deux fois plus en 1943 qu'en 1942, sans compter que les derniers sortis étaient pour la plupart d'un type nouveau. Les munitions, elles, sortaient à une cadence trois fois plus rapide en 1943 qu'en 1940. Dans ces conditions, le haut commandement allemand était en mesure non seulement de combler ses pertes en armes et matériel, mais encore d'équiper de nouvelles unités qui étaient sur le point de voir le jour.
Sur ce nouveau matériel, de nombreux espoirs étaient fondés, en particulier sur les récents chars et canons d'assaut. Le Pzkw-VI « Tigre », puissante machine pesant 56 tonnes, armée d'un canon de 88 ainsi que de deux mitrailleuses, bénéficiait d'un blindage frontal épais de 100 mm (150 mm pour le « Tigre Royal »). Le nouveau char Pzkw-V « Panthère » était aussi entré en production massive et le nouveau canon automoteur « Ferdinand », avec son blindage frontal de 203 mm et son tube à tir rapide de 88 mm, sans compter sa mitraislleuse, était également inscrit sur les plannings de prouction.
Les Allemands avaient de plus accordé la plus grande attention au renouvellement du matériel de la Luftwaffe. Celle-ci avait déjà commencé à recevoir de nouveaux appareils, comme le Focke-Wulf-190 A, chasseur dont la vitesse maximale dépassait 680 km/h, et le Henschel-129, employé en appui direct d'infanterie sur le champ de bataille. Tous les deux possédaient un armement important.
Tandis qu'ils dotaient leurs forces armées de nouveaux matériels, les Allemands se hâtaient de compléter leur divisions, qui avaient subi de lourdes pertes. En juillet 1943, les effectifs des forces armées allemandes s'élevaient au total à 10 300 000 hommes, soit à peu près le même chiffre qu'en 1942. La Wehrmacht restait donc une amrée, puissante, bien équipée et capable d'affronter de dur combats.
Il est évident que la situation de l'Allemagne se trouvait facilitée du fait qu'aucun second front n'avait encore été ouvert en Europe et son haut commandement profita de l'avantage ainsi offert pour transférer de plus en plus d'unités et de formations sur le front de l'Est. C'est ainsi que 196 des meilleures divisions allemandes (soit les deux tiers de l'armée) purent combatttre en compagnie des 32 divisions et 8 brigades fournies par les alliés du Reich, avec quelque 56 200 cans et mortiers, 5 800 chars et canons d'assaut et 3 000 avions.

« Un phare que le monde verra s'illuminer »
Le front germano-soviétique restait le plus important de la guerre, si l'on considère que, à la même époque, sept divions et deux brigades seulement (2.7% des forces allemandes) se trouvaient engagées face aux Américains et Britanniques. Le reste – 91 divisions et 3 brigades – était cantonné dans les territoires occupés.
Les Allemands décidèrent de porter leur coup sur un étroit secteur qu'on appelait le « saillant de Koursk » et qui avait été crée au cours de l'offensive soviétique de printemps en 1943. La forme même du front dans ce secteur favorisait cette décision. En effet, les forces allemandes concentrées dans les zones d'Orel et de Bielgorod menaçaient les flancs et les arrières des troupes russes placées à l'intérieur du saillant. De même, ce saillant, enfoncé pronfondément au coeur des défenses allemandes, était de la plus grande importance pour les Russes puisque ceux-ci, à leur tour, pouvaient l'utiliser pour frapper sur les flancs respectifs des forces allemandes d'Orel et de Bielgorod.
Dès la fin de l'hiver, les Allemands préparèrent leur plan dans le moindre détail. Hitler donna. se 15 avril 1943, l'ordre d'attaquer sur se saillant de Koursk (opération « Citadelle »). Il était précisé :
Cette offensive revêt une importance capitale. Elle doit se conclure par un succès décisif et rapide [...]. Dans la direction de l'effort principal, seront utilisés le meilleur matériel, les meilleures troupes, les meilleurs chefs et les plus grandes quantités de munitions. A chaque échelon, tous les chefs, tous les soldats devront avoir été convaincus à fond de l'importance primordiale de cette offensive. La victoire de Koursk doit être un phare que le monde entier verra s'illuminer.
En application des plans de l'opération Citadelle », l'effort principal à faire porter sur les forces soviétiques devait être double et venir du sud d'Ores, avec sa IXe armée du groupe d'armées Centre, en même temps que du nord de Kharkov, avec la IVe armée blindée et le groupement tactique « Kempff », du groupe d'armées Sud. En dirigeant l'action sur Koursk, le haut commandement allemand comptait encercler et détruire les forces des fronts de Voronej et du Centre qui défendaient se saillant, raccourcir se front et, si l'opération était couronnée de succès, développer leur offensive sur ses arrières du front du Sud-Ouest (opération Panthère). Ils n'écartaient même pas la possibilité d'une action consécutive vers le nord-est, pour tourner Moscou et prendre à revers la totalité des forces soviétiques au centre du front.
En face des fronts de Voronej et du Centre, les Allemands avaient concentré d'énormes forces : les effectifs se montaient à 50 divisions, dont 16 étaient blindées ou motorisées, soit près de 900 000 hommes avec quelque 10 000 canons et mortiers et 2 700 chars. Une force additionnelle de 20 divisions se trouvait sur l'aile de la force principale, prête à intervenir pour appuyer ses troupes d'assaut.
C'étaient donc 70 divisions que les Allemands avaient à leur disposition pour sa mission prescrite, plus du tiers de toutes ses forces allemandes du front de l'Est, et dont à peu près le quart était constitué de panzers ou de divisions motorisées. Une flotte de plus de 2 000 appareils fournirait l'appui aérien. L'élite de la Luftwaffe se trouvait sur place : se groupe de chasse 51 (« Molders »), sa légion « Condor,, et bien d'autres.
Étant donné l'importance attachée à une telle opération, l'O.K.H., état-major général de l'armée de terre, étudia et modifia plusieurs fois se plan « Citadelle », Hitler ayant dit à plusieurs reprises qu' « il ne fallait absolument pas échouer ». Les divisions qui devaient prendre part à l'offensive furent mises au repos et complétées au maximum de leurs tableaux d'effectifs en hommes et en matériel. On accorda une attention particulière au terrain et au système défensif des Soviétiques à l'intérieur du saillant. D'après se général allemand Mellenthin, chaque mètre carré en avait été photographié d'avion. Comme il s'écrit dans son livre Batailles de panzers, 1939-1945, « aucune offensive n'avait jamais été préparée avec plus de soin que celle-là ».
Grâce à un excellent service de renseignements
L'entraînement, lui, avait été rendu aussi réaliste que possible ; les tirs pratiques et les exercices tactiques s'étaient succédé régulièrement. En avril, le généras Guderian, à l'époque inspecteur général des blindés, avait inspecté ses unités de panzers. Ainsi que devait s'écrire plus tard l'un des membres de l'étatmajor de l'O.K.W., le général Erfurth, tout le potentiel offensif que l'Allemagne avait pu rassembler fut jeté dans l'opération Citadelle ». Il est bien vrai que l'impossible fut fait pour gagner la bataille de Koursk.
Après ses batailles d'hiver de la saison 1942-1943, l'armée Rouge s'était, de son côté, préparée en vue d'une grande offensive d'été. Bientôt, cependant, il vint à la connaissance des Russes que les Allemands préparaient une offensive décisive sur le front de l'Est. Grâce à un excellent service de renseignements, le haut commandement soviétique fut en mesure de reconstituer non seulement la conception d'ensemble et la direction générale des efforts principaux des forces allemandes, mais encore l'exacte composition de celles-ci, leurs positions, leurs ressources, la date de leur mise en place et, ce qui en découlait naturellement, le moment où l'offensive serait déclenchée.
Quand ils eurent analysé les plans allemands, les Soviétiques décidèrent de se tenir résolument sur la défensive dans le saillant, d'épuiser l'ennemi par une succession de combats sur des positions préparées et de parachever la destruction des forces de choc de l'Axe au cours de contre-offensives dans les zones d'Orel et de Bielgorod. Si cette dernière action se déroulait de façon satisfaisante, elle se transformerait en une offensive soviétique générale sur un immense front pour bousculer le prétendu « rempart oriental » de l'Axe, tout en liquidant la tête de pont du Kouban.
La défense effective du saillant de Koursk avait été confiée au front du Centre (général Rokossovski) et au front de Voronej (général Vatoutine). Ayant bien présent à l'esprit le fait que l'ennemi préparait une offensive très importante et lourde de conséquences dans ses prolongements possibles, la STAVKA rassembla de grandes réserves dans la région du saillant et les groupa en un même front de réserve (plus tard appelé front de la Steppe), dont le commandement fut attribué au général Koniev, Les forces de ce front - en fait, réserve générale de la STAVKA - étaient destinées à renforcer les deux fronts, du Centre et de Voronej, dans les secteurs sur lesquels ils seraient le plus menacés, à installer un solide front défensif à l'est de Koursk, enfin à participer à la contre-offensive une fois l'ennemi repoussé et saigné à blanc.- Sur place, la coordination des fronts était à la charge du représentant du haut commandement, le maréchal Joukov, et du chef d'état-major général, le maréchal Vassilievski.

Des mesures méticuleuses furent prises pour écarter l'éventualité d'une percée du front par l'ennemi. Les lignes furent renforcées de nombreux canons, chars et avions, les plus grandes concentrations étant effectuées sur les axes qui semblaient les plus probables pour l'attaque. C'est ainsi que, sur le secteur tenu par la XIlIe armée, qui couvrait l'axe le plus exposé, le long de la voie ferrée Orel-Koursk, la moitié presque des régiments d'artillerie de la réserve générale affectée au front furent installés. On dota encore cette armée du 4e corps d'artillerie d'assaut avec ses 484 canons, ses 216 mortiers et ses 432 lanceroquettes de campagne. On avait rassemblé là de quoi constituer une défense d'artillerie à peu près jamais réalisée auparavant : quelque 96 canons et mortiers d'un calibre supérieur à 76 par kilomètre de front, soit une fois et demie plus que la densité obtenue par les Allemands dans l'offensive qu'ils montaient.
Sur les secteurs tenus par les VIe et VIIe armées de la Garde du front de Voronej, se trouvaient 67% des canons et mortiers du front et 70 % de l'artillerie de réserve du haut commandement. Le système de défense soviétique dans le saillant était puissamment articulé en profondeur, doté d'armes jusqu'à saturation, solidement installé dans des tranchées bien organisées et bénéficiait de surcroît d'un grand nombre d'obstacles artificiels (barbelés, mines, etc.).
Comme les Allemands comptaient sur l'emploi massif des chars pour enlever la décision, les commandants de front accordèrent un soin tout particulier à la défense antichars, qu'ils conçurent sous la forme de solides nids de résistance complétés par un réseau de champs de mines. Les réserves d'artillerie avaient été affectées et entraînées en conséquence, de même que les détachements mobiles de résistance, le tout en temps voulu. D'une façon générale, les nids de résistance disposaient des dotations suivantes : de 3 à 5 canons chacun, jusqu'à 5 armes antichars, de 2 à 5 mortiers, un nombre de sapeurs oscillant entre un groupe et une section et un groupe équipé de mitraillettes. Sur les axes les plus importants, les nids de résistance antichars avaient jusqu'à 12 canons chacun. On n'avait pas lésiné sur le personnel, pas plus que sur le matériel.
L'articulation en profondeur des deux fronts du Centre et de Voronej sur les axes probables d'attaque atteignait 150 à 180 kilomètres. Si l'on compte la ligne de défense du front de la Steppe et celle bordant le Don, on arrive à 250 et même 290 kilomètres, comprenant huit lignes de positions renforcées successives qui attendaient l'ennemi. Pour donner une idée de l'étendue des travaux effectués pendant cette période préparatoire, il suffit de mentionner que, dans le secteur du seul front du Centre, plus de 4000 kilomètres de tranchées et de boyaux de communication furent creusés, ce qui représente approximativement la distance de Moscou à Irkoutsk. Sur le même front, les sapeurs avaient posé 400 000 mines et bombes, et la densité moyenne des champs de mines sur les fronts du Centre et de Voronej atteignait 1 500 mines antichars et 1 680 mines antipersonnel, soit six fois plus que pour la défense de Moscou et quatre fois plus que pour celle de Stalingrad.
Les défenses antiaériennes, elles aussi, avaient été préparées avec soin. Neuf divisions d'artillerie antiaérienne, 40 régiments, 17 batteries, 10 trains blindés, 2 divisions de chasseurs de la « défense aérienne du territoire » avaient été rassemblés dans le saillant. Enfin, plus d'un quart des mitrailleuses lourdes et légères et des armes antichars de la principale ligne fortifiée et près de la moitié pour les autres lignes avaient été affectées à la D.C.A..
Une lourde responsabilité reposait sur les forces aériennes tactiques, qui avaient reçu mission de coopérer avec les unités à terre pour repousser l'attaque allemande et assurer la supériorité aérienne. Et alors même que la préparation n'était pas achevée, les flottes aériennes avaient déjà lancé une série d'attaques contre l'ennemi, sur ses aérodromes, ses noeuds ferroviaires et ses concentrations de troupes.
Tout le personnel avait reçu un entraînement intensif en vue de la bataille qui se préparait : la priorité avait été donnée à la résistance aux attaques des chars et de l'aviation, ainsi qu'aux contre-attaques à mener contre un ennemi qui aurait percé no' défenses. Les conseils militaires des groupe, d'armées, le commandement aux différent' échelons, les organes politiques, le parti communiste et les organisations de jeunesse entreprirent tous un effort intensif pour soutenir le moral des troupes et leur apporter de meilleures conditions matérielles. On organisa pour ces troupes des discussions sur des sujets variés, sans oublier les divers moyens de s'opposer aux nouveaux chars ennemis.
Les tranchées des ménagères
La population civile des régions intéressées de Koursk, Orel, Voronej et Kharkov apporta son active contribution aux forces armées dans la préparation de la bataille. Dès avril 1943, quelque 105 000 personnes de la région de Koursk - travailleurs agricoles des fermes collectives, employés de bureau, ménagères - étaient déjà réquisitionnées pour la construction des travaux de défense ; au mois de juin, elles étaient 300000. Des travailleurs des régions libérées fournirent une aide inestimable en construisant une voie ferrée, de Stary Oskol à Rjava, dont la nécessité était vitale pour le ravitaillement du front de Voronej. Au cours des trois mois que dura la préparation, les travailleurs des régions proches des lignes creusèrent des milliers de kilomètres de tranchées dans le saillant, et c'est avec leur aide que 250 ponts et plus de 2 500 kilomètres de routes et de pistes purent être remis en état.
Au moment du déclenchement des opérations, une imposante force soviétique était en place dans le saillant. Sur un secteur long de 550 kilomètres (13 % de la totalité du front de l'Est), l'armée Rouge avait concentré plus de 20% de ses forces. Près de 20% de son artillerie, environ 36% de ses chars et canons automoteurs et plus de 27 % de ses avions.
Contrairement à ce qui s'était passé à Stalingrad et à Moscou, les forces soviétiques, dans le saillant de Koursk, disposaient d'une légère supériorité numérique dans la proportion de 7 contre 5 pour les hommes, de presque 2 contre 1 pour les canons et les mortiers et de 4 contre 3 pour les chars et canons automoteurs; quant aux avions, le rapport était de 6 contre 5. Néanmoins, comme les Allemands escomptaient une rapide percée, ils avaient concentré la plus grande partie de leurs panzers et de leurs divisions motorisées sur les premières lignes, si bien que si l'on considère le seul secteur du front où devait se produire l'effort principal, ils étaient un peu plus nombreux que les Soviétiques : plus de 2 contre 1 en chars, presque autant en hommes. Sur le secteur de la VIe armée de la Garde (front de Voronej), la supériorité allemande était de presque 2 contre 1 en hommes et de 6 contre 1 en chars. Le haut commandement allemand s'attendait donc à enfoncer facilement la défense soviétique dès le premier coup porté par les panzers dotés d'un puissant appui aérien.

La nuit qui précéda l'attaque, sur tout le front, une proclamation de Hitler fut lue aux troupes : Demain, disait-il, vous allez participer à de grandes batailles offensives dont l'issue doit décider du sort de la guerre. Par votre victoire, vous prouverez au reste du monde que, plus que jamais, toute résistance aux armées allemandes est vouée, inévitablement, à l'échec.
Mais l'offensive allemande ne s'est pas déroulée de la façon dont les dirigeants du Reich l'avaient escompté. Leurs prévisions n'étaient pas fondées et, surtout, ils avaient été loin de surprendre les Russes. Déjà, dès le 2 juillet 1943, la STAVKA, informée par les services de renseignements soviétiques, avait été en mesure d'avertir le commandant du front de Voronej et celui du front du Centre que l'offensive ennemie serait vraisemblablement lancée entre le 3 et le 6 juillet, et avait recommandé vigilance et promptitude dans la riposte. De plus, il faut bien le dire, des prisonniers faits le 4 juillet avaient dévoilé que l'offensive des groupes de choc avait été fixée à l'aube du 5 et que les unités avaient déjà pris place sur leurs lignes de départ.
Une tempête de feu
Le commandement soviétique décida donc de lancer une puissante contre-préparation d'artillerie et d'aviation. Le principal objectif du gros de l'artillerie du front du Centre était naturellement constitué par les batteries ennemies. Le front de Voronej, pour sa part, s'en prit également aux batteries qui lui faisaient face et manifestaient de l'activité, mais il dirigea aussi son tir contre les chars et l'infanterie qui se préparaient à l'attaque.
Le 5 juillet, à 2 h 20, des centaines de canons soviétiques lancèrent une tempête de feu sur les positions ennemies. Le calme des premiers jours de juillet était maintenant bien fini.
Provoquant des pertes en hommes et en matériel, le contre-bombardement affecta aussi le moral des Allemands. Ils commencèrent à comprendre que leurs plans étaient connus, qu'il n'était plus question d'effet de surprise et que les Russes les attendaient de pied ferme. Il fallut retarder l'offensive d'une heure et demie à deux heures afin de réorganiser les unités. En fait, le contre-bombardenent ne pouvait pas, à lui seul, disloquer l'attaque, ni au nord ni au sud du saillant. Voici donc comment les événements se succédèrent :
Sur la ligne Orel-Koursk, la IXe armée allemande (général Model) commença sa préparation d'artillerie à 4 h 30, avec 90 minutes de retard sur l'horaire prévu, puis de nombreux bombardiers décollèrent à 5 h 10. Sous cette :ouverture d'artillerie et d'aviation, les chars et l'infanterie passèrent à l'attaque sur un front de 40 kilomètres. Il était 5 h 30. L'action principale était dirigée contre la Xille armée russe (général Poukhov) et les XLVIIIe et LXXe armées à droite et à gauche de la précédente. Trois divisions de panzers et cinq l'infanterie furent alors jetées dans la battaille, tandis que la plus forte poussée tuait lieu contre le flanc gauche de la XIlle armée, en direction d'Olkhovatka, où a défense était assurée par les 15e (colonel Diangava) et 81e général Barinov) divisions le fusiliers.
Quelque 500 chars allemands attaquèrent ,tir l'axe de l'effort principal : des Tigre et des Ferdinand par groupe de dix à quinze pour le premier échelon, des chars moyens en deuxième échelon, par groupes de cinquante à cent. L'infanterie suivait. Dans les airs, près de 300 bombardiers, par groupes le cinquante à cent, s'acharnaient en même temps sur la XIIIe armée. Le commandement soviétique affecta le gros de la XVIe armée aérienne (général Roudenko) à l'appui de la XIIIe armée. Ce fut, aussi bien au sol que dans les airs, une terrible bataille. Quatre fois les Allemands tentèrent de percer au cours de la journée. Quatre fois ils échouèrent. Les Russes se battaient avec une farouche résolution, s'accrochaient à chaque parcelle de terrain, tenaient le plus longtemps possible et passaient ensuite à leur tour à la contre-attaque. Au prix d'efforts démesurés et de très lourdes pertes, les Allemands parvinrent à enfoncer la ligne de défense principale de la XIIIe armée.
Au cours des combats des 5 et 6 juillet, ils avancèrent de dix kilomètres, mais ils avaient laissé sur le terrain 25 000 tués et blessés, 200 chars et canons automoteurs, plus de 200 avions et une bonne partie de leur artillerie et de leur matériel. De plus, presque tous les régiments allemands perdirent une grande partie de leurs officiers. Par exemple, le 195e régiment de la 78e division d'infanterie (23 corps) eut tous ses commandants de compagnie hors de combat en deux jours.
Les chars allemands ne sont pas passés
Après leur échec sur Olkhovatka, les Allemands décidèrent que leur objectif principal, le 7 juillet, serait constitué par Pony , à la jonction des voies ferrées de Koursk et d'Orel, et de durs combats ensanglantèrent le secteur. Les troupes soviétiques qui tenaient cette zone purent porter de rudes coups à l'ennemi au cours de son avance. Ce jour-là, les Allemands se lancèrent cinq fois à l'attaque et chaque fois furent repoussés par les troupes du général Yenchine (307e division de fusiliers) qui défendirent Ponyri avec un héroïsme comparable à celui dont firent preuve les équipages de chars, les artilleurs et les sapeurs qui minaient les routes au fur et à mesure de l'avance des blindés allemands. Au matin du 8 juillet, 300 chars ennemis environ, appuyés par des fantassins armés de mitraillettes. attaquèrent les positions tenues par le colonel Roukossouiev (3e brigade antichars).
Les artilleurs soviétiques n'ouvrirent le feu que lorsque les blindés ennemis furent à 700 mètres environ et en détruisirent dix-sept. Mais il ne restait plus qu'un seul canon et trois servants. Les Allemands accentuèrent leur pression, bientôt, ils eurent perdu deux chars de plus et furent forcés de se retirer. Mais il n'y avait plus de batterie : les derniers survivants avaient été tués par un coup direct. Trois heures plus tard, les Allemands revenaient à l'assaut.
La situation était devenue si critique que le commandant de la brigade envoya ce message à l'armée : « 1ère et 7e batterie anéanties. Je fais donner mes dernières réserves (la 2e batterie). Demande instamment munitions. Nous tiendrons ou nous mourrons ». Dans cet engagement inégal, presque tout un régiment fut détruit, mais les chars allemands n'étaient pas passés.
Le 10 juillet, les Allemands avaient engagé la quasi-totalité de leur force d'attaque mais avaient échoué dans leur mission d'enfoncer le front soviétique et d'anéantir l'armée Rouge au nord de Koursk. Les chars et l'infanterie ennemis marquaient le pas et, ce faisant, subissaient des pertes considérables. Sur l'axe principal de leur attaque, ils n'avaient avancé que de dix kilomètres, et la IXe armée, ayant perdu près des deux tiers de ses chars, fut contrainte de passer à la défensive. Pendant ce temps, le front soviétique du Centre, une fois l'assaut ennemi brisé et Koursk dégagé par le nord, se préparait à la contre-attaque.
Au sud, les Allemands n'eurent guère plus de succès. Là encore, ils lancèrent à l'attaque d'importantes forces le premier jour : quatorze divisions (5 d'infanterie, 8 de panzers et une motorisée) du groupe d'armées Sud du maréchal von Manstein. L'effort principal était dirigé contre le secteur tenu par la VIe armée de la Garde (général Tchistiakov) et mené par la IVe armée blindée commandée par le général Hoth. Il visait Oboïan. De son côté, le 3e corps blindé du groupe Kempff , procédait à une attaque secondaire en direction de Korotcha, contre la Vlle armée de la Garde, aux ordres du général Choumilov. On comptait à peu près 700 chars dans l'attaque principale du premier jour de l'offensive, les divisions étant fortement appuyées par l'aviation (on a pu observer environ 2 000 sorties sur le front de Voronej).Les 52e et 67e divisions de fusiliers de la Vie armée de la Garde eurent à soutenir un choc d'une violence inouïe et leur résistance, tout comme celle de la VII, armée de la Garde, fut si opiniâtre que l'ennemi se vit dans l'obligation d'engager toutes les réserves de la IVe armée blindée et du groupe tactique "Kempff " au cours du premier jour. Le commandement du front de Voronej décida de protéger au maximum Oboïan et, dans la nuit du 5 au 6, des unités de la Ier armée blindée (général Katoukov) et des 2e et 5 VIe armée de la Garde était renforcée en artillerie antichars.
Au matin du 6, ce fut une nouvelle attaque allemande qui déclencha des combats très meurtriers. Le général Popel, membre du conseil militaire de la Ire armée de la Garde, devait écrire par la suite dans ses Mémoires :
"Je pense que ni moi ni aucun des autres officiers présents n'avions vu tant de chars ennemis réunis pour une seule action. On aurait dit une charge de cavalerie sur laquelle Hoth aurait tout misé. Pour chacune de nos compagnies, forte de 10 chars, les Allemands alignaient 30 à 40 blindés. Hoth savait bien que rien n'était trop cher, quels que fussent les pertes et les sacrifices, pour s'ouvrir la route de Koursk. "
Au soir de la deuxième journée, l'attaque ennemie en direction d'Oboïan avait enfoncé la ligne principale de défense au centre du front tenu par la VIe armée de la Garde et s'était approchée de la deuxième ligne, sur laquelle les divisions soviétiques s'étaient repliées. Là, les Allemands furent arrêtés par les corps blindés. La plupart des chars avaient été enterrés et constituaient maintenant autant de nids dont fantassins et artilleurs se servaient comme de remparts pour bâtir une impressionnante barrière de feu. L'attaque allemande sur Korotcha ne fut pas plus payante que les autres.Les avions soviétiques apportèrent un soutien efficace aux défenseurs, tant en s'attaquant aux chars et à l'infanterie de l'ennemi qu'en disputant la maîtrise du ciel à la Luftwaffe. Le lieutenant Gorovets établit une sorte de record en abattant neuf avions ennemis au cours du même engagement, mais lui même fut tué.
La fine fleur des S.S.
N'ayant pas réussi à emporter la décision dans le secteur d'Oboïan, les Allemands firent alors porter leur effort principal sur Prokhorovka, afin de tourner Koursk par le sud-est.
Là, ils jetèrent dans la bagarre la fine fleur de la Waffen S.S.. de-s panzers conduite par les généraux les plus expérimentés. Ils pensaient qu'ils finiraient par trouver la victoire. Ils avaient rassemblé dans ce secteur 700 chars et canons d'assaut, dont une centaine étaient des « Tigre », tandis que le groupe tactique « Kempff », avec ses 300 chars, montait une attaque secondaire également sur Prokhorovka, mais venant du sud.
Le commandant du front de Voronej, en accord avec la STAVKA, décida de monter une contre-offensive d'envergure contre le coin enfoncé par les Allemands. Le rôle principal dans l'opération fut confié aux deux armées qui provenaient de la réserve de la STAVKA, la Ve de la Garde (général Jadov) et la Ve blindée de la Garde (général Rotmistrov), appuyées par la 11e armée aérienne (général Krassovski), une partie de la XVIIe (général Soudets) et des unités de la force aérienne de bombardement à long rayon d'action.

Le 12 juillet, dans la plaine de Prokhorovka, se déroula la plus grande bataille de chars de la guerre. Au petit matin, dans un espace relativement restreint, au milieu de noirs nuages de poussière et de fumée, deux masses impressionnantes de blindés - au total 1 500 engins - s'avancèrent l'une vers l'autre pour s'affronter. Le général Rotmistrov, en rappelant l'histoire de cette bataille, fait remarquer que c'est l'avant-garde de la Ve armée blindée de la Garde, son armée, qui enfonça les lignes allemandes à toute vitesse.
Ce fut une belle mêlée. Au milieu de cet enchevêtrement de chars, les canonniers des engins soviétiques tiraient à bout portant sur les « Tigre ». Du champ de bataille s'élevait un fracas assourdissant de moteurs qui rugissaient, de métal qui s'entrechoquait et de canons qui crachaient, tandis que cette scène dantesque se trouvait éclairée par les flammes qui dévoraient chars et canons automoteurs. L'affrontement se poursuivit, impitoyable, tard dans la soirée. Les Russes avaient fait preuve d'un courage extraordinaire. Une fois de plus, l'ennemi n'avait pas pu s'ouvrir la route de Koursk.
Au cours de cette seule journée, les Allemands avaient perdu plus de 350 chars, plus de 10 000 officiers et soldats, pour une progression de 30 à 40 kilomètres. Cette journée du 12 juillet marque d'ailleurs un tournant dans la guerre, car c'est ce jour-là que les fronts soviétiques de Briansk et de l'Ouest déclenchèrent leur offensive contre les troupes ennemies de la région d'Orel. Les forces allemandes connurent alors des heures critiques car elles furent contraintes de passer à la défensive au sud de Koursk et de commencer à décrocher vers leurs positions de départ. Le 16, le gros des unités de la Wehrmacht entama sa retraite, protégé par une forte arrière-garde, tandis que les troupes du front de Voronej se lançaient à leur poursuite, suivies, le 19, par celles du front de la Steppe. Au 23 juillet, les Allemands se retrouvèrent sur les positions mêmes qu'ils avaient quittées le 4. Leur troisième grande offensive à l'est se soldait par un échec.
En résumé, à l'issue de cette offensive, on peut dire que les troupes soviétiques avaient magnifiquement rempli la mission qui leur avait été assignée. Pour les Allemands, épuisés, saignés à blanc, la roue de la Fortune avait tourné : l'armée Rouge venait de prendre l'avantage. L'opération « Citadelle », préparée avec tant de minutie et de patience, et sur laquelle les nazis comptaient pour reprendre l'initiative, avait abouti finalement à un revers cuisant.
[A suivre]