À la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill écrivit une lettre s'adressant au secrétaire de l'État de l'Air, pour avertir que, selon son conseiller scientifique, M. Cherwell, l'Allemagne cherchait à utiliser une bombe à base d'uranium afin de terroriser l'Angleterre et de la pousser à capituler. Selon M. Cherwell et M. Churchill, il faudrait plusieurs années pour obtenir des résultats assez convaincants pour passer à une phase pratique. De plus, personne ne pouvait prévoir l'efficacité d'un tel engin. Bref, la majorité des physiciens étaient sceptiques à propos de la possibilité de créer une bombe à l'uranium. Les expériences sur l'uranium furent alors mises de côté. Ils considéraient que les recherches allemandes sur l'énergie nucléaire s'avéraient sans résultat à moyen terme et inutiles.
En avril 1940, le ministère de l'Armement anglais informa les scientifiques anglais, J.J. Thomson, J. Chadwick et J. Crockroft, de l'éventuelle utilisation des recherches de Frédéric et Irène Juliot-Curie à des fins militaires. Ils furent informés du même coup que les Allemands tentaient de savoir où en étaient rendus les Français avec les travaux sur l'uranium. L'intérêt que démontraient les Allemands envers l'énergie nucléaire engendra la peur chez les forces alliées. La peur de ne pas être les premiers à découvrir l'arme nouvelle qui permettrait de gagner la guerre. "Autant que je puisse me rappeler, écrivit Emilio Segrè, on savait que les Allemands travaillaient sur l'uranium et évidemment nous étions très soucieux. Si Hitler réussissait à fabriquer sa bombe avant les Américains, il s'ensuivrait une catastrophe qui nous apparaît encore aujourd'hui effroyable."
En 1940, la France constata que pour ralentir les neutrons utiliser pour bombarder l'uranium, ce qui constitue la base de l'énergie nucléaire, il fallait de l'eau lourde. L'eau lourde représentait donc la maîtrise de l'énergie nucléaire et la réalisation d'une bombe. C'est pourquoi elle avait une importance stratégique considérable. L'eau lourde à l'époque était rare. On trouvait la seule usine d'eau lourde en Norvège. La Norvège était alors entourée par l'armée allemande, ce qui laissait croire que les Allemands s'intéressaient à l'eau lourde. En février 1940, la France acheta tous les stocks d'eau lourde de la Norsk Hydro, dont le directeur était pro-allié. L'eau lourde fut transportée à Paris, puis aux États-Unis pour plus de sécurité. En septembre 1941, un physicien norvégien attira l'attention des Anglais sur la demande allemande en matière d'eau lourde. Londres fut alors informée, par des employés de la Norsk Hydro, que les Allemands achètaient, mois après mois, toujours plus d'eau lourde. Il ne faisait aucun doute, cette eau lourde était destinée aux recherches sur la bombe nucléaire. L'évidence se dévoilait au grand jour pour l'Angleterre. Hamish Hamilton, président des services secrets britanniques, déclara: "De toutes les perspectives envisageables durant cette guerre, la plus terrifiante est que les Allemands soient les premiers à avoir l'arme nucléaire". En effet, les Américains, les Français et les Anglais devaient disposer de la bombe nucléaire avant l'Allemagne, car cette bombe assurerait la victoire à son détenteur. Ce qu'il fallait, c'était de maîtriser l'énergie nucléaire…

Vue aërienne du centre de recherche de Peenemünde.
Peenemünde fut aussi la station de cherche des differentes nouvelles armes telles que les fusées V1 et V2.

Vue d'un lancement d'un V2 du centre de Peenemünde.